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Rappel de la discussion
Traité du désespoir (à la franco-suisse)
Jean-Baptiste Voisin - le 17 mai 2019

Cher Laurent,
Merci pour votre article qui a le grand mérite d’aborder un sujet dont on sent souvent qu’il suscite la gêne, quand dans certains milieux on n’a pas droit à un consternant retour du mépris de classe. Beaucoup dans votre propos appelle à commentaire, que ce soit pour contestation ou pour accord. Pour être bref, je reprends seulement trois aspects.
Hétérogène : quel mouvement politique a jamais été autrement, comme l’atteste le pluriel employé par les historiens en général en France pour la droite ? Un mouvement n’est-il jamais que issu du "clinamen" de Démocrite qui accroche fortuitement et fédère laborieusement des tendances disparates ? Pourquoi donc noter particulièrement pour ce mouvement ce qui est intrinsèque à l’action politique ?
Inégalités : qu’elles n’aient pas radicalement progressé est sans doute juste au regard des indicateurs qui sont proposés, mais sont-ils exhaustifs pour la mesure d’un sentiment si manifestement collectif ?
Volonté générale : une mauvaise idée. Je dirai plutôt comme le "cogito" de Descartes, l’angoisse de Kierkegaard ou l’Eternel Retour un grand concept philosophique à cheval entre une visée aigue du réel tel qu’il est et la visée prospective de sa réforme. Lui imputer ses dérives me paraît délicat. L’extrême subtilité de la pensée de Pascal (influente dans la critique que fait Rousseau du droit naturel) l’a mis à l’abri des appropriations dangereuses. Mais imaginons ce qu’un acteur politique à la "Animal farm" ferait de ’Ne pouvant faire que le juste soit fort on a fait que le fort soit juste" en le mettant à sa sauce ?
Je pense enfin que Starobinski, en grand lettré, a parfaitement saisi ce qui est d’ordre rhétorique chez Rousseau, mais peu ou rien de ce qui est au-delà. Or c’est la coopération étrange de ces deux aspects qui peut permettre de comprendre (peut-être) le formidable rayonnement de ce penseur, pour ne pas dire le mythe qu’il est devenu.
Enfin mon titre m’a été inspiré par le paradoxe que vous décrivez et qui m’a rappelé le dialectique "Ne as être désespéré, c’est le désespoir même" de Kierkegaard, autre philosophe abordé par Starobinski.