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La signature électronique universelle
par Nat Makarevitch et Laurent Bloch
Article mis en ligne le 16 mars 2007
dernière modification le 8 mai 2016

par Laurent Bloch, Nat Makarevitch
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Licence : CC by-nd
D’autres lectures sur le même sujet :
Un article de réponse à celui-ci, puis la suite de la suite du feuilleton ;
un texte plus récent de Jean Zundel.

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 Dilemmes sur le Net

Les inventions les plus merveilleuses peuvent susciter des usages désastreux ; c’est le cas de l’Internet et de son application la plus populaire, le courrier électronique, aujourd’hui submergé de messages parasites, le « spam » qui emplit d’insanités les boîtes aux lettres.

D’autres usages controversés menacent l’avenir du réseau : les échanges de morceaux de musique ou de films numérisés au moyen de logiciels poste à poste (peer to peer) représentent près de 80 % du volume échangé sur l’Internet, selon un grand constructeur d’équipements de réseau, et bien souvent ils ignorent les droits d’auteur attachés aux œuvres enregistrées.

Face à l’essor des échanges de fichiers incontrôlés, les détenteurs des droits sur les œuvres, essentiellement les majors de l’industrie du disque et de la vidéo, s’efforcent de mettre en place des mesures techniques de protection et de faire adopter des lois qui risquent de faire ressembler l’Internet à l’univers décrit par George Orwell.

L’évolution de l’Internet est ainsi menacée par des conflits entre des intérêts qui semblent inconciliables. Pourtant une solution existe : la signature électronique, ou numérique.

La signature numérique est un procédé qui garantit l’authenticité d’un document, donc l’identité de son auteur, ainsi que son intégrité donc le fait que le document n’a pas été modifié.Techniquement elle se présente comme une suite de chiffres dont la combinaison avec le document signé est suffisamment complexe pour qu’il soit impossible de falsifier l’une ou l’autre de façon indétectable.

La signature numérique est réalisée au moyen d’un certificat électronique, équivalent numérique de la carte d’identité. L’usage de ces techniques est-il compliqué ? Non : la Direction générale des impôts en a brillament administré la preuve, lorsque cette année 5,7 millions de ménages ont rempli leur déclaration de revenus en ligne, par un procédé qui reposait entièrement sur les certificats et les signatures électroniques. Dans ce cas les certificats étaient émis par l’administration, mais il existe des autorités de certification privées et commerciales, ainsi que d’autres, associatives et gratuites : chacun peut s’affilier selon ses usages ou ses affinités.

Comment la signature numérique pourrait-elle résoudre les problèmes liés au spam et au droit d’auteur ? Elle permettrait à l’internaute d’accepter le courrier d’origine identifiable et de rejeter le spam.

Et pour l’échange de fichiers ? L’acheteur d’un morceau de musique sur le réseau signerait le fichier acheté, l’éditeur contre-signerait le fichier musical ainsi complété. Toute copie du fichier révélerait à l’éditeur l’identité de l’acheteur. Ainsi, l’acheteur pourrait l’envoyer à un ami, ce qui entre dans le cadre de la copie privée légitime, mais pas l’offrir au téléchargement public, ce qui enfreindrait le droit d’auteur.

Est-il scandaleux d’identifier les internautes ? Après tout, les voitures sur les routes sont immatriculées sans que personne n’en soit choqué. L’identification ne serait pas obligatoire, simplement il serait loisible à chacun d’accorder à un internaute identifié une confiance plus grande qu’à un anonyme.


Certains anonymats ont leur raison d’être, mais l’authentification proposée ici ne les interdit pas : il serait d’ailleurs possible que des tiers identifiés se portent garants pour des anonymes légitimes, par exemple les sujets d’une dictature.

 Wikipédia et l’anonymat

Mais le recours abusif à l’anonymat sur Internet n’a pas que les conséquences techniques et juridiques évoquées ci-dessus : il en résulte des problèmes plus substantiels, qui mettent en jeu la teneur même des documents publiés, comme le montre l’évolution de Wikipédia.

L’encyclopédie en ligne Wikipédia est une source inestimable de savoir, avec 397 067 articles en français, plus de 5 millions dans 250 langues. Une étude indépendante de la revue Nature dit avoir montré que dans bien des domaines, surtout scientifiques et techniques, la qualité des articles n’était pas significativement différente de celle de l’Encyclopedia Britannica. (Notons toutefois à ce sujet que l’équipe de la Britannica a publié une réfutation de l’article de Nature).

Wikipédia autorise l’anonymat des auteurs, qui peuvent contribuer à la rédaction sous un ou plusieurs pseudonymes ; ils peuvent aussi donner leur vrai nom, mais peu le font. Les divergences entre auteurs sont tranchées par des modérateurs souvent anonymes, élus sur la base de leur assiduité éditoriale, mais rien ne permet d’empêcher le bourrage des urnes ou les collusions manipulatrices. Ceci a conduit à des trucages, surtout dans des domaines propices à la polémique entre opinions partisanes, comme l’histoire, la politique
ou la culture.

Larry Sanger, l’un des fondateurs de Wikipédia, est assez réservé sur son évolution ; il a lancé un nouveau projet et il écrit sur son site http://citizendium.org/essay_shorte... : « La communauté n’applique pas de façon effective et cohérente les règles qu’elle s’est données. En conséquence, les modérateurs comme les participants ordinaires sont en mesure de commettre impunément des abus qui engendrent un cycle sans fin d’autres abus. »

Nat Makarévitch, contributeur français et co-auteur du présent article, donne
sur son site http://www.makarevitch.org/rant/wik... un récit des censures auxquelles lui et d’autres ont été soumis, sans recours face à l’arbitraire en partie du fait de l’anonymat des modérateurs de Wikipédia.

L’artiste et informaticien Jaron Lanier
a publié sur le site http://www.edge.org/documents/archi... un article intitulé « Maoïsme numérique : les dangers du nouveau collectivisme en ligne », dans sa réponse auquel l’éditeur du site n’a pas craint d’écrire :
« Maintenant, une autre grande idée commence à faire son chemin, mais cette fois il est plus pénible pour certains d’y adhérer, ou même de l’envisager. Il ne s’agit de rien moins que de la migration de l’esprit individuel à l’intelligence collective. Je nomme cela " l’avènement de tout le monde ", et cela représente, pour le meilleur et pour le pire, une modification fondamentale de la notion
de notre identité. En d’autres termes, nous assistons à l’émergence d’un nouveau type de personne. »

De telles idées ne sont pas nouvelles : Lénine les avait déjà formulées en toute clarté dans Que faire ? en 1902, avec les résultats que l’on sait. On a pu remarquer qu’avec ce texte Lénine était aussi un précurseur du taylorisme. Les nouveaux adeptes de l’effacement de l’individu derrière la collectivité rêvent-ils pour nous d’un tel avenir radieux ? Puisse la signature numérique contribuer à ce que l’Internet reste un lieu extraordinaire où chacun peut choisir de communiquer avec de vraies personnes, avec un nom.

Cet article a fait l’objet de discussions, et donc d’un article de réponse, et sur ce même site d’une suite de la suite du feuilleton.


Forum
Répondre à cet article
La signature électronique universelle
Solveig - le 16 mars 2007

Bonjour. Je ne crois pas que donner le nom figurant sur notre carte d’identité changerait grand-chose, à part bien sûr que beaucoup préfèreraient contribuer sous IP... en l’occurence, le "pseudonymat" me semble une solution tout à fait satisfaisante - et la plupart des contributeurs réguliers s’identifient réellement à leur pseudo : ils assument ce qu’ils disent sous ce nom. Vous pouvez lire http://www.le-tigre.net/Le-pseudonymat-dans-le-Tigre.html
J’ai trouve ce texte très interessant, bonne lecture à vous :)

Non à l’anonymat ; d’accord pour le pseudonyme
Laurent Bloch - le 17 mars 2007

Malgré les arguments de Solveig, je persiste dans mon hostilité à l’anonymat. Jeudi 15 mars j’étais à la BNF pour un colloque Éditer avec Internet ? avec Florence Devouard, présidente de la fondation Wikimedia et Nathalie Colombier, éditrice d’Encarta. Nous en avons débattu. Il y a deux possibilités honnêtes de publication : la validation par les pairs, qui prévaut dans la communauté scientifique et repose sur un système d’autorité, et la responsabilité individuelle, pour la société civile. Quand nous recevons une lettre anonyme, ne la jetons-nous pas à la corbeille ?

Wikipédia ne pourra à mon avis maintenir son crédit qu’en adoptant un système de signature, ou de pseudonymes identifiés, comme dans le texte indiqué par Solveig.

L’anonymat, dans un pays démocratique, n’a guère d’autres motifs que l’injure, la diffamation ou le chantage. Le pseudonyme peut être justifié : si je perdais mon emploi, je pourrais être réduit, pour vivre, à écrire des romans pornographiques, mais souhaiter en épargner l’opprobre à mes proches. Mais si mes écrits tombent sous le coup de la loi, je n’échapperai pas au tribunal, et c’est bien ainsi.



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