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Microsoft et le logiciel libre
Mise au point et discussion :
Article mis en ligne le 22 octobre 2014
dernière modification le 7 novembre 2014

par Laurent Bloch
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Licence : CC by-nd

 Origine de la discussion

Lors d’un échange au sein de l’Institut de l’Iconomie j’avais écrit ceci :

« Le logiciel libre est un bon exemple de “communal collaboratif”, à la source d’un paradoxe économique : Microsoft ne peut rien contre le logiciel libre, parce qu’il est absent de tous les terrains où Microsoft pourrait le terrasser. Mais Google l’utilise pour combattre Microsoft.

Et puisque Jean Tirole vient de recevoir le prix Nobel, signalons son article précurseur de 2000 sur ce sujet : The Simple Economics of Open Source, avec Josh Lerner, ou plutôt ici (revu et corrigé). Bon, de l’eau a passé sous les ponts du logiciel, mais cet article a étonnament bien vieilli. »

Bernard Ourghanlian, Directeur Technique et Sécurité de Microsoft France, me fait une réponse qui constitue une mise au point consistante sur l’attitude de Microsoft vis-à-vis du logiciel libre, et qui conteste mon assertion. Je vous la livre comme un document significatif sur la position de Microsoft :

 Le message de Bernard Ourghanlian

Laurent,

Je serais désolé de te contredire sur ce point. Cela fait belle lurette que la hache de guerre entre Microsoft et l’Open Source est enterrée (même s’il est vrai que cela n’a pas toujours été ainsi...). Microsoft a ainsi été le 17ème contributeur du noyau Linux au niveau mondial en 2012 (cf. http://linuxfr.org/users/axioplase/...). Microsoft a également fondé la société MS Open Tech qui est spécialisée dans l’Open Source et qui contribue activement à la plupart des projets Open Source majeurs (JQuery, MongoDB, Apache Cordova, Redis, Apache, Qpid, Apache Solr, Outercurve, Eclipse, Node.js, Cocos2D, Ogre3D, Web Platform Docs, Symfony, Doctrine, WebKit, GitHub, CodePlex, Hadoop,...).

Le conflit apparemment sans fin entre les logiciels Open Source (OSS) et logiciel commerciaux évolue de manière très significative dans des directions de plus en plus nuancées et de plus en plus complexes, qu’il était plus ou moins facile de prévoir il y a quelques années. Ainsi, prédire que la plupart des logiciels Open Source seraient développés et commercialisés par des sociétés de nature commerciale était facile à prévoir. Il est désormais courant que les logiciels libres soient commercialisés par des entités commerciales qui utilisent les logiciels libres pour alimenter leurs différents modèles d’affaires. Le résultat qui était plus difficile à prévoir – en fait beaucoup plus difficile étant donné le ton très polémique utilisé initialement dans le débat –, c’est que nous vivons maintenant dans un monde logiciel que l’on pourrait appeler « de sources mixtes ». Ainsi, les fournisseurs de logiciels commerciaux adoptent désormais les approches Open Source et ses processus de développement alors que les projets Open Source incorporent de plus en plus de composants commerciaux. Par exemple Google qui, dans son logiciel Android, fait appel à de la propriété intellectuelle Microsoft, ce qui permet à Microsoft de générer 2 milliards de $ de royalties chaque année (cf. http://www.businessinsider.com/micr...) grâce à Android. En fait, tout examen sérieux des produits logiciels disponibles sur le marché aujourd’hui révèle qu’une grande quantité de logiciels OSS est fournie par des éditeurs de logiciels commerciaux et que ceux-ci entremêlent des offres OSS / commerciales.

Cette réalité mixte du monde du numérique crée une puissante incitation pour que tous les éditeurs de logiciels prennent en compte l’OSS. Par ailleurs, la plupart des organismes publics et parapublics ainsi que les entreprises utilisent à la fois des logiciels Open Source et des logiciels commerciaux, en les combinant afin d’atteindre leurs objectifs business. L’ouvrage The Comingled Code : Open Source and Economic Development (Lerner, Josh and Schankerman, Mark. The Comingled Code : Open Source and Economic Development. Cambridge, MA : Massachusetts Institute of Technology, 2010 - Table 2.1, Page 32) rend parfaitement compte d’une étude approfondie du logiciel libre qui a été réalisée par les économistes Josh Lerner et Mark Schankerman et qui décrit le mélange frappant de ces deux technologies. Leur enquête, portant sur 2300 clients et 1900 développeurs répartis dans 15 pays à divers stades de développement, révèle que 67 % des organisations utilisent uniquement des logiciels commerciaux, tandis que seulement 5,9 % d’entre-elles n’utilisent que de l’Open Source . Ainsi, plus de 25 % des utilisateurs utilisent des combinaisons de logiciels Open Source et de logiciels commerciaux. Même dans les pays qui ont une forte préférence pour les logiciels commerciaux comme Singapour, 12% du marché utilise l’Open Source ou un mélange de logiciels libres et de logiciels commerciaux. Il en est de même au Brésil, où il y a inversement un fort soutien gouvernemental pour Open Source : 51 % n’utilisent que des logiciels commerciaux, tandis que 12,9 % utilisent uniquement des logiciels libres. Les autres, soit 36,1% utilisent des approches mixtes. Lerner et Schankerman ont découvert que les développeurs et les utilisateurs perçoivent des compromis possibles entre OSS et les logiciels commerciaux qui les amènent à combiner les deux approches de différentes manières. Par exemple, une société de logiciels peut développer et vendre des logiciels commerciaux tout en contribuant à des projets Open Source pour accroître le niveau de support du logiciel et en diminuer les coûts. Les utilisateurs, de leur côté, peuvent mélanger les deux types de logiciels afin de mettre en œuvre une seule solution hétérogène. Les développeurs, quant à eux, ont tendance à être « multilingues » concernant les plates-formes - une capacité qui permet une évaluation neutre de la meilleure solution technologique pour un projet donné afin de pouvoir commercialiser vers le plus grand nombre de clients possible.

En fait, si l’on retire les oripeaux idéologiques qui ont si longtemps environné le logiciel libre, on se rend compte que l’Open Source représente tout simplement un ensemble de modèles d’affaire de plus. Modèles d’affaire qui peuvent être utilisés plus ou moins efficacement pour concurrencer d’autres modèles d’affaire comme dans toute économie de marché.

Bien à toi,
Bernard

PS : Un petit élément complémentaire qui date d’hier soir… Lors d’une conférence de presse, le nouveau président de Microsoft, Satya Nadella, a utilisé ce slide :

Microsoft aime Linux

C’est disponible à l’URL http://news.microsoft.com/2014/10/2... aux environs de 14:10 minutes. On est loin du mot « cancer » qui avait été utilisé par Steve Ballmer il y a quelques années… Les temps changent…

 Réponses et commentaires des lecteurs


Forum
Répondre à cet article
FUD ?
Stefane Fermigier - le 27 octobre 2014

Il faut toujours prendre avec des pincettes ce que raconte Microsoft, et en l’occurrence je pense que tu aurais été avisé de le faire. Les chiffres que cite Ourghanlian (qui n’en est pas à son coup d’essai en matière de FUD et de manipulation des chiffres) ne collent pas avec le consensus, mais surtout c’est l’ensemble de la démarche qui semble entaché de manipulation.

Cf. par exemple :

- <http://techrights.org/2011/01/20/fa...>

- <http://www.computerworlduk.com/blog...>

FUD ?
Tintouli - le 9 février 2015

Apprécions le glissement sémantique entre la question (logiciel libre) et la réponse (opensource)

Bon ok, alors, on arrête la vente liée, Secureboot, le lobbying auprès de l’enseignement et des gouvernements, et on en reparle un peu plus tard, ok ?

FUD ?
Laurent Bloch - le 10 février 2015

Alors, je ne suis pas forcément d’accord avec tout ce que m’a écrit Bernard Ourghanlian et que je publie dans cet article, mais le point de vue officiel de Microsoft sur la question, exprimé par son Directeur technique pour la France, me semble une pièce intéressante à verser au dossier.

Microsoft et le logiciel libre
vincent quiniou - le 27 octobre 2014

Je n’ai pas encore lu l’article. Seulement la conclusion.

Tout est dans les "oripeaux" ;-)

Vincent



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