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Va-t-on enfin prendre l’informatique au sérieux ?
Dans ce pays.
Article mis en ligne le 1er août 2008
dernière modification le 27 novembre 2018
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D’autres remarques, liées à celles-ci, sur la vie à l’université :
mes premières observations à l’université,
le contraste lors de mon passage de RSSI à DSI
et pourquoi les informaticiens sont-ils haïs ?

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Décennie après décennie, puisque je fais ce métier depuis exactement quarante ans, je ne laisse d’être étonné et consterné par la désaffection de mes concitoyens à l’égard de l’informatique, qui ne change guère avec le temps et le rajeunissement des cadres, contrairement à ce que l’on serait en droit d’espérer.

J’ai rencontré des managers anglais, américains, allemands, belges, suisses, autrichiens, de divers domaines d’activité privés ou publics : aucun ne se serait autorisé le splendide détachement de leurs collègues français vis-à-vis des systèmes informatiques qui font fonctionner leurs entreprises, tous avaient à cœur non seulement de savoir les utiliser avec dextérité, mais aussi de savoir comment ils fonctionnaient, afin notamment de pouvoir porter sur eux un jugement et ainsi de savoir en choisir un meilleur le cas échéant.

En France, plonger dans les arcanes du logiciel et de la base de données qui contrôlent toute votre activité et sans lesquels votre existence professionnelle serait purement et simplement abolie, par exemple pour un DRH le système d’information des ressources humaines, c’est, presque toujours encore, perçu comme le travail de quelqu’un d’autre, un hypothétique informaticien, hypothétique parce que celui dont on attend qu’il fasse votre métier à votre place n’existe en général pas, ou alors « une petite main », locution qui dénote chez celui qui l’emploie une arriération irrémédiable, une vision bureaucratique quasiment de l’époque de Stendhal et de Balzac.

Il me faut quand même nuancer le propos : ce diagnostic d’inaptitude informatique des responsables est plus vrai dans le secteur public, dont le statut confère une impunité totale aux gens qui refusent de faire ce qui serait de toute évidence leur travail, que dans le secteur privé, où sauf à de très hauts postes les gens sont quand même bien obligés de se mettre à ce travail, sinon ils sont éliminés. Il y a sans doute là un facteur explicatif (parmi d’autres) du faible taux d’activité des quinquagénaires et sexagénaires dans notre pays : la caractéristique de cette tranche d’âge de la population active française est certes une formation souvent inadaptée, mais cette formation a pu être refusée par l’intéressé.

Ce qui rend le problème particulièrement difficile à résoudre, c’est que l’exemple vient d’en haut : il existe bien en France une « fracture numérique », mais elle n’est pas forcément où on le croit, ses victimes (qui en sont aussi les coupables) sont à chercher au sommet de la hiérarchie sociale, au sein des élites économique, culturelle et sociale, où l’on pense que toucher un clavier d’ordinateur, acte technique et partant subalterne, serait déroger à son rang.

Bref, une des conditions pour que la France cesse de décrocher chaque jour un peu plus du peloton de tête des pays développés, ce serait que les responsables de tous niveaux, de toutes fonctions et dans tous les secteurs prennent enfin au sérieux les tâches qui leur incombent dans le système d’information. Il y a fort à faire, et après quarante ans de tentatives assez vaines je doute que ce soit possible sans un choc violent qui remette en cause profondément la légitimité de nos élites et le mode de leur production. Le précédent choc de ce genre au eu lieu en 1940, et il a permis les bouleversements à l’origine du rattrapage connu sous le sobriquet de « trente glorieuses », le prochain viendra peut-être d’une crise économique majeure. Ce n’est pas gai, le prix serait élevé, mais franchement je ne vois pas de raison pour que cela change autrement : les jeunes technocrates sont aussi suffisants et incompétents que leurs aînés.


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