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Léon Bloy

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Rappel de la discussion
Léon Bloy
Philippe Nollet - le 21 décembre 2007

j’ai relu le week-end dernier « Le désespéré » de Léon Bloy. Là où, sous les amas de ronces rhétoriques, finit toujours par se dresser, au détour d’un chapitre, des splendeurs frappées de stupeur et de sens pur : un puits d’intuition, l’arcade orgueilleuse d’une métaphore, le trèfle asséché porte-bonheur d’une contraction prodigieusement bien vue, tout le logis de l’érudition cohérente, le fouillis et le clair-obscur des doutes bravement levés, les pierres effondrées – mais rugissantes encore – d’une syntaxe bombée par la mémoire, tous les signes à vif de l’identité humaine crachée sur le papier comme une paire d’amygdales. Alors je vais citer, comme j’aime tant le faire : « Le pauvre homme stérilisait ses raclées en ne les faisant jamais suivre d’aucun retour de tendresse qui en eût intellectualisé la cuisson. ». Tout le contraire de mon père, en somme. « La déliquescente psychologie littéraire de cette fin de siècle n’acceptera pas non plus que d’aussi peu perverses prémisses puissent jamais engendrer une concluante délectation esthétique. » (à transposer en 2007 of course). Arrivé là, je pense à la tête de Bloy, boursouflée et léonine, ses immenses moustaches d’imprécateur zinzin, grimace hideuse d’une infinie beauté, transfigurée de terreur et de joie, de haine et d’amour mélangés, de foi mystique et d’éructations extatiques. Bon, c’est un livre à lire accompagné d’un dictionnaire (et encore, d’un dictionnaire qui accepte les mots rares et précieux, pas le premier Larousse venu) : « Ses yeux étaient perpétuellement dardants et perscrutateurs, comme ceux d’un pygargue en chasse ou d’un loup-cervier » (au hasard). Un bon sens inacceptable dans notre ère d’épiciers épris de « communication » : « Il savait d’avance combien la solitude est nécessaire aux hommes qui veulent vivre plus ou moins de la vie divine. Dieu est le grand Solitaire qui ne parle qu’aux solitaires. ». Des poussées prophétiques séminales : « L’armée des petites ouvrières déambulait à la conquête du monde, la tête vide, le teint chimique, l’œil poché des douteuses nuits, brimbalant avec fierté de cet arrière-train autoclave où s’accomplissent, comme dans leur vrai cerveau, les rudimentaires opérations de leur intellect. ». Bon, c’est toujours un peu redondant, comme tout génie qui encombre, lyrique, proliférant, jusqu’à l’architecture en spirales qui échafaude le tout. Mais quelle ambition formelle, quelle profondeur métaphysique, quelle anachronique – dans nos temps de ce « oui » généralisé vicieux – négation sublime de tout ce qui n’est pas humain, vivant, témoignage de l’abîme des êtres – le travail physique du verbe sur le corps – et de la beauté du monde, de sa dangerosité aussi, de l’enfance qui sait que tout est provisoire, Dieu merci. Et, comme dit l’autre, « Dans quelle joie désormais irons-nous pleurer ? » (Jean-Michel Maulpoix, autre citation).