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Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Un film égyptien d’Omar El Zohairy
Plumes
Article mis en ligne le 11 avril 2022
dernière modification le 12 avril 2022

par Laurent Bloch

Quelque part dans la campagne égyptienne profonde, une usine archaïque et délabrée, sans doute une cimenterie mais ce pourrait aussi être une usine d’engrais ou de pesticides, en tout cas elle répand généreusement des poussières et des vapeurs que l’on n’aimerait pas respirer. Adjacents à l’usine, des immeubles tout aussi délabrés où sont logés les ouvriers et leurs familles. Dans cet immeuble vit une famille : la mère, interprétée par Demyana Nassar, le père (Samy Bassouny), ouvrier à l’usine, leurs trois enfants, l’aîné a quatre ans. Le scénario des événements qui vont se dérouler là est explicitement inspiré de « La Métamorphose » de Kafka, c’est-à-dire dépourvu de tout souci de vraisemblance, mais néanmoins riche de significations sociales.

Plumes est le premier long métrage d’Omar El Zohairy : il témoigne du grand talent de ce metteur en scène qui admire au-dessus de tout Robert Bresson. Le découpage, les cadrages, la photographie, la direction d’acteurs (parmi lesquels une mention exceptionnelle revient à Demyana Nassar) sont de premier ordre et ont été récompensés par de nombreux prix parfaitement justifiés : Grand Prix de la Semaine de la critique à Cannes, Tanit d’or du festival de Carthage, Prix spécial du jury à Turin, etc.

Le père ne gagne pas vraiment de quoi faire vivre sa famille, l’appartement tombe en ruines, les installations sanitaires sont un cloaque. Il organise néanmoins pour l’anniversaire de son fils aîné une fête qui comporte des dépenses somptuaires, avec la participation d’un prestidigitateur, qui va malencontreusement le métamorphoser en poulet, et échouer à effectuer la transformation inverse. Sa malheureuse épouse, désormais sans ressources pour nourrir ses enfants et le poulet, va donc devoir se débattre avec des employés indolents et des fonctionnaires véreux pour obtenir quelques subsides, elle n’échappera pas à la saisie de son frigidaire et des quelques meubles bancals qu’elle possédait. Elle doit aussi rémunérer les multiples magiciens qu’elle convoque dans l’espoir de transformer le poulet en mari. Au bout de quelque temps la police met la main sur un homme qui est sans doute le mari, aphasique et paralysé. Sa femme le soigne.

Cette fable, comme celle de Kafka, montre beaucoup moins la métamorphose du poulet que celle de sa famille et de la société sordide au sein de laquelle se débat son épouse. On ne peut pas dire que ce soit un spectacle très gai, mais si vous aimez le cinéma et êtes attentifs aux talents créatifs originaux vous devriez aller le voir.