Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Un film irakien de Hasan Hadi :
Le Gâteau du Président
Article mis en ligne le 16 février 2026

par Laurent Bloch

Que le titre anodin ne vous abuse pas : Le Gâteau du Président de Hasan Hadi est un chef-d’œuvre dramatique, magnifiquement filmé, comme vous pouvez le vérifier en regardant la bande annonce. Vous pouvez aussi lire une intéressante interview du réalisateur sur le site de Bande à Part.

La scène est en Basse-Mésopotamie, dans l’actuelle province irakienne de Dhi Qar, lieu où il y a plus de 5000 ans naquit la civilisation de Sumer, qui inventa l’écriture, le calcul, de nombreuses techniques dont nous sommes toujours tributaires. Le film vous permettra de voir la ville d’Ur, aujourd’hui Tell Muqayyar, son Ziggourat, la capitale de la province, An Nasiriya, sur les rives de l’Euphrate, Chibayish, la ville près de laquelle est né le réalisateur.

Mais le plus beau, c’est la campagne autour de Chibayish, où vit l’héroïne, Lamia, neuf ans, élève de CE2. En fait de campagne, c’est une région marécageuse où il y a plus d’eau que de terre, Lamia, comme tous les habitants, se déplace en pirogue, y compris pour aller à l’école, où elle est la première de sa classe.

Ces pirogues sont magnifiques, avec une proue élancée, comme sont magnifiques les maisons flottantes en vannerie où vivent Lamia, sa grand-mère Bibi et leurs voisins. Mais on devine derrière ces magnificences une grande misère, Bibi gagne leur vie en cultivant un champ dont la propriétaire ne veut plus d’elle parce qu’elle est trop vieille, on comprend progressivement que les parents de Lamia sont morts ou disparus. L’Irak vit sous le règne de Saddam Hussein après la première guerre du Golfe, le pays est sous embargo commercial et subit des bombardements périodiques, la population vit au seuil de la subsistance, mais cela n’empêche pas le dictateur de vivre sur un grand pied et d’exiger de ses sujets un gâteau d’anniversaire : dans chaque école un élève est tiré au sort pour préparer ce gâteau, ce qui représente une dépense non négligeable, et là le sort désigne Lamia.

Cependant Bibi se retrouve sans ressources, diabétique et affaiblie, elle comprend qu’elle ne pourra plus subvenir à la vie de sa petite-fille, elle l’emmène à la ville, elles s’attablent dans un restaurant, et là Lamia comprend que sa grand-mère tente de la faire adopter par les patrons, comme une sorte de petite bonne. Alors elle s’enfuit, et retrouve son condisciple Saeed, chargé, lui, d’apporter des fruits pour le Président. Commence alors une errance dans la ville, où l’on découvre une société misérable où chacun se débrouille pour survivre comme il peut, au besoin par le chapardage, par la corruption, par la complaisance sexuelle, par le mouchardage. Mais on y rencontre aussi l’altruisme, la générosité gratuite, la compassion. Et la bonne conscience de l’Occident « démocratique » ne saurait nous faire oublier que si ces gens vivent ainsi, c’est parce que nous les avons plongés dans cette situation politique destructrice de la société, ne serait-ce que par les accords Sykes-Picot et par les guerres du Golfe, pour en rester à ces deux événements au début et à la fin d’une période historique qui n’a guère connu que des catastrophes coloniales ou néo-coloniales. Les survols constants de chasseurs-bombardiers américains nous rappellent la précarité de la survie dans ce pays démembré.

Finalement Saeed apportera ses fruits (un peu ramollis) et Lamia son gâteau. Mais ce n’est pas pour cela que tout finit bien...