À l’automne 1939 l’Union soviétique de Staline (171 millions d’habitants) multiplie les manœuvres d’intimidation contre la Finlande (3,5 millions d’habitants, 1400 km de frontière avec l’URSS). À cette date l’Allemagne a déjà envahi la Pologne et en a partagé le territoire avec l’URSS, qui va bientôt en profiter pour envahir aussi les pays baltes. La France et le Royaume-Uni ont déclaré la guerre à l’Allemagne, mais il n’y a pratiquement pas de combats, c’est la « drôle de guerre ». Staline exige que la Finlande lui cède des territoires, notamment la région proche de Léningrad autour de la ville finlandaise de Viipuri (Vyborg aujourd’hui, en Russie, le livre fournit des cartes).
Face à une menace soviétique imprécise mais potentiellement mortelle, la Finlande mobilise. Son Conseil de défense est présidé par le général Carl Gustaf Mannerheim, héros de la lutte pour l’indépendance en 1917 [1].
Comme Staline ne veut pas paraître l’agresseur, Molotov organise un simulacre d’agression finlandaise, le bombardement de Mainila, avec quelques soldats soviétiques qui installent un canon près de la frontière et qui ouvrent le feu sur leurs propres positions (en bonne logique soviétique ils seront assassinés immédiatement après, pas de traces ni de témoins).
Après d’ultimes tractations où les Soviétiques font semblant de chercher un accord alors qu’ils n’en ont aucun désir (exactement comme aujourd’hui entre la Russie et l’Ukraine...), le 30 novembre 1939 l’aviation soviétique bombarde les principales villes finlandaises cependant que l’artillerie vise les troupes massées le long de la frontière, principalement le long de la ligne Mannerheim au nord de Léningrad, entre le lac Ladoga et le golfe de Finlande, mais aussi à l’est du lac Ladoga, dans le bassin de la rivière Kollaa, où vont se dérouler les principaux épisodes du roman d’Olivier Norek, basé sur un travail d’archives considérable et scrupuleux.
C’est le début de la Guerre d’Hiver (30 novembre 1939 - 13 mars 1940), à ne pas confondre avec la Guerre de Continuation, qui opposera les mêmes adversaires du 25 juin 1941 au 19 septembre 1944, avec un soutien allemand aux Finlandais. Les Soviétiques alignent plus de 700 000 hommes contre 340 000 pour la Finlande, 3000 chars contre 30, 3800 avions contre 173.
Le déroulement des événements est étrangement similaire à celui de la guerre actuelle en Ukraine : les Soviétiques pensent avaler la Finlande en quinze jours, leurs dirigeants n’ont pas jugé utile d’étudier le terrain ni de s’informer sur les conditions climatiques (au plus fort de la bataille on observera des températures de −43 °C, les fantassins finlandais maîtrisent le ski et disposent de combinaisons de camouflage blanches), alors ils lancent à l’aveugle en terrain découvert des troupes qui se font massacrer par les Finlandais soigneusement embusqués. Lorsque le chef de Moscou (un personnage réel, Lev Mekhlis) arrive, il organise lui-même une manœuvre idiote, et comme elle débouche sur une débandade catastrophique il ne trouve rien de mieux à faire que de coller lui-même une balle dans la nuque aux deux chefs locaux, devant le front des troupes. Tout au long des opérations les Soviétiques subiront des pertes énormes et tactiquement inutiles, comme en Ukraine aujourd’hui.
Le héros du roman est Simo Häyhä, un tireur d’élite surnommé par les Soviétiques la « Mort blanche » : il est crédité de la mort de 505 soldats soviétiques abattus au fusil, auxquels s’ajouteraient environ 200 autres en utilisant un pistolet-mitrailleur. Cet homme parfaitement paisible et modeste, auquel son père avait vraiment appris à tirer, vivra jusqu’en 2002, à l’âge de 96 ans.
Malgré l’héroïsme et l’efficacité de la guerre de guérilla menée par les Finlandais, le déséquilibre des forces est insurmontable et en mars 1940 la Finlande acceptera un traité de paix par lequel elle cède à l’URSS 10 % de son territoire, dont Viipuri et le port de Petsamo (Petchenga en russe) sur l’Océan Arctique.
Les Soviétiques auront 138 533 tués, les Finlandais 25 904.
D’après les recoupements que j’ai pu effectuer, le récit du roman est très fidèle aux événements historiques, les personnages de haut rang mentionnés ont réellement existé. Attention, l’essentiel du récit porte sur des combats sanglants, dans des circonstances épouvantables.
Après le déclenchement de l’Opération Barbarossa (invasion de l’URSS par la Wehrmacht le 22 juin 1941), les Finlandais reprendront l’offensive le 25 juin 1941 contre l’URSS, avec un soutien matériel et logistique allemand, mais sans participation militaire. C’est la Guerre de Continuation, dont Curzio Malaparte fait un récit éloquent dans Kaputt. Le conflit sera soldé par le traité de Paris en 1947.
