Il y a des romans, des poèmes, des films qui vous attrapent par leurs premiers mots, leurs premiers vers, leurs premières images, et qui ne vous lâchent plus : c’est le cas de ce roman, Abdallah superstar, d’une jeune autrice, Iman Ahmed, dont vous pouvez écouter l’interview sur France Culture :
« Cette banquise de sel est si blanche qu’on voudrait la lécher. Lui aussi se dit ça. Bouche sèche, œil vissé contre la caméra. Il fixe le lac de sel et il salive. Une blancheur si féroce, ça pourrait tout aussi bien être de la neige. De la neige sous cinquante degrés mais qu’importe, de la neige quand même. Fine, fraîche comme il en a vu en France. Il fait cinquante degrés et mon père filme un lac de sel à Djibouti. Je me demande à quoi il pense quand il tourne. »
La narratrice-autrice vit à Djibouti avec son père djiboutien, Galal, et sa mère française, Sylvie.
Galal est fou de musique, il ne rêve que synthé, boîtes à rythme, tables de mixage, enceintes, il organise des concerts dans des bars, il a un ami qui l’aide, Moyale, et ils espèrent tous les deux une carrière éblouissante pour le chanteur qu’ils soutiennent, Abdallah Lee, ils vont avec lui à Addis Abeba. Ils sont les animateurs de la vie musicale djiboutienne des années 1990.
Sylvie, Galal et leur fille sillonnent le pays, certaines images resteront gravées dans sa mémoire. La surface du lac Assal est à cent cinquante-cinq mètres sous le niveau de la mer, le point le plus bas d’Afrique, le troisième plus bas du monde après la Mer Morte et le lac de Tibériade. En surface, du sel, éblouissant, des rosaces de gypse, quand même un peu d’eau dans un coin.
La narratrice a six ans lorsque son père, Galal, est victime d’un accident vasculaire cérébral, il est évacué avec son épouse vers Paris, l’hôpital Cochin, la petite fille reste à Djibouti, à la garde de sa tante, pendant des mois.
Galal et Sylvie s’étaient connus pendant leurs études à Poitiers, alors, comme après l’accident l’état de santé de Galal ne permet plus de vivre à Djibouti, la famille se réinstalle dans cette ville du Poitou. On comprend que l’état mental de Galal ne permet pas vraiment une vie commune, il est aphasique et ses comportements sont incohérents. Sa fille vient passer du temps avec lui, Sylvie vient la chercher en voiture pour l’emmener à l’école.
Galal rêve toujours de musique, il manipule synthé et tables de mixage, il bricole d’anciennes bandes magnétiques, des cassettes vidéo de son caméscope Sony, il filme, un peu n’importe quoi. Et puis un jour il meurt. Sylvie et sa fille restent à Poitiers.
Bien plus tard, la narratrice est étudiante à Paris. Elle sort de l’armoire les archives de Galal, son petit ami l’aide à remettre le caméscope en marche, à relire des bouts de bandes magnétiques, ils entendent la musique, ils regardent les images, elle filme avec le caméscope. Elle va à Lyon, où habite maintenant Moyale, qui lui permet de retrouver des aventures de Galal.
Mais un événement va ramener la narratrice à Djibouti : la mort de sa grand-mère. Elle part pour les obsèques, elle retrouve ses tantes et surtout ses cousines, les jeunes femmes parcourent la ville et le pays de long en large (on a l’impression d’être surtout dans une société de femmes).
La situation géographique et géologique de Djibouti est unique, ce qui lui donne des paysages absolument hors du commun. Au fur et à mesure que vous lirez le livre, vous pourrez visiter les sites évoqués en allant voir leurs pages Wikipédia, agrémentées de photos et de cartes : le lac Assal, le golfe de Tadjourah, son appendice démoniaque Ghoubbet-el-Kharab, le volcan apparu en 2018 dans les parages Ardoukôba (oui, dans cette région la terre se fissure, c’est le Grand Rift est-africain, qui se prolonge jusqu’à la Mer Rouge au nord et jusqu’au Mozambique au sud), et quelques autres.